La mort de Quentin Deranque est une tragédie. Elle illustre l’absurdité absolue et le danger de théoriser l’affrontement physique et la violence comme des pratiques politiques légitimes en démocratie. Si quelques groupes d’individus se revendiquant de gauche ou révolutionnaires ont pu, dans l’histoire, recourir à la lutte armée, la glorification de l’usage de la force et de la violence reste cependant un des fondamentaux idéologiques de l’extrême droite. « ¡Viva la muerte! » hurlaient les franquistes en assassinant la République espagnole. « Comme lui (Quentin – NDRL), la lutte à mort nous rend joyeux », clament aujourd’hui des groupuscules fascistes pour qui la démocratie n’est qu’une « gueuse » à abattre.
Aujourd’hui, ces mêmes groupes promettent des « représailles », menacent de mort des élus de la République et instaurent un climat de peur à Lyon, au point que des militants de gauche, les homosexuels et les étrangers ne circulent plus sereinement une fois la nuit tombée. Ils hésitent à s’afficher à raison. Déjà ces dernières années, les violences d’extrême droite en France se sont traduites par des dizaines d’agressions, certaines mortelles. À Lyon comme ailleurs, la responsabilité du ministre de l’intérieur est claire : protéger les initiatives des organisations de gauche aujourd’hui menacées, garantir la sécurité des personnalités ciblées et leur permettre de s’exprimer librement, sur tous les sujets qui animent le débat public.
Mais sur ces questions de sauvegarde du débat démocratique, le ministre de l’intérieur reste muet. Comme de nombreux responsables du camp présidentiel, il se borne à accuser La France Insoumise d’avoir seule une « responsabilité morale » dans le déferlement de violence. Résultat, l’interdiction annoncée, dans les universités, des meetings et conférences jugés « susceptibles d’enflammer les jeunes, de les pousser dans la rue et de provoquer des affrontements ». Une mesure qui tombe à point nommé pour censurer dans les facs toute critique : de la guerre israélienne à la politique sociale du gouvernement en passant par la dénonciation des privilèges des plus riches.
« Éditorial » de Stéphane Sahuc publié dans L’Humanité le mercredi 18 février 2026