Les questions posées au 40ème Congrès sont trop sérieuses pour qu’on les parasite

Les enjeux des décisions que le 40e Congrès du PCF est appelé à prendre sont très importants. Ils portent, au fond, sur la conception que le Parti communiste se fait de son rôle, de sa raison d’être. Et c’est parce qu’existent des différences d’approches sur ces points essentiels que des propositions de base commune de discussion alternatives à celle du Conseil national sont soumises au vote de ses adhérentes et adhérents les 6 et 7 juin.

On comprend la nature de ces différences avec, notamment, la question imposée par le calendrier : que faire face aux échéances électorales de 2027 ?

Faut-il, comme le propose le texte « Communistes à l’offensive », que je soutiens, considérer qu’intervenir « au cœur du combat de classes » de l’époque qui s’est ouverte signifie : mobiliser tous nos efforts pour faire échec au « projet dévastateur pour les peuples et le monde » des forces du capital « tractées par le trumpisme » ; qu’en France, empêcher la prise du pouvoir par le Rassemblement national, qui est porteur de ce projet, éviter cette dure épreuve pour notre peuple, doit être pour le PCF une « urgence absolue » ; et que cela implique pour les communistes un devoir d’initiative politique afin de redonner la main au mouvement populaire sur toutes les questions posées – candidature à l’élection présidentielle, candidatures aux élections législatives, gouvernement et contenu d’une politique faisant droit aux exigences transformatrices – afin de rendre possible ce qui, si les positions se figent, demeurera hors de portée : « battre l’extrême droite et ouvrir l’espoir » ?

Ou bien doit-on donner au 40e Congrès un autre objectif, comme le propose l’éditorial du cahier qui présente les quatre textes en débat : « nous permettre de franchir une nouvelle étape dans le prolongement des 38e et 39e Congrès, en nous projetant dans les 15-20 ans qui viennent » ? Ce qui, bien sûr, relativise beaucoup l’importance politique des échéances de 2027, qui sont d’ailleurs carrément absentes du résumé du texte proposé par la direction et sont traitées ensuite comme un aspect de l’activité du PCF. À leur propos, les auteurs de ce texte se font observateurs : « Le pire comme le meilleur sont possibles. Et les communistes souhaitent le meilleur pour le pays et pour la République. » « Souhaitent »… Le « pire », de toute façon, n’est pas vraiment à craindre puisque, « quel que soit celui ou celle qui emportera le scrutin présidentiel », ce sera l’Assemblée nationale qui comptera ; quant au « meilleur », pas d’illusion : « il n’y aura pas de victoire possible et durable (…) sans que se reconstruise la conscience de classe » (et, dans un an, on n’en sera pas là). L’intérêt de l’élection présidentielle est donc d’être une opportunité pour permettre au Parti communiste de se faire entendre (d’où la grande importance d’une candidature communiste) et aux militant.e.s qui feront sa campagne de se structurer et de se renforcer.

On voit donc au travers de cette question capitale que c’est bien le rôle, la conception, la raison d’être du PCF qui est soumis à la décision des communistes. Servir notre peuple à l’occasion de ces échéances très menaçantes sans craindre d’apporter des réponses innovantes à des questions inédites ? ou se servir de ces échéances comme une caisse de résonance dans une perspective préétablie à 15-20 ans ?

On pourrait faire des remarques similaires à propos d’autres sujets : la relation du PCF au pouvoir et aux pouvoirs ; le projet communiste ; l’organisation, l’activité militante, les rapports que les communistes entretiennent entre elles et eux (faut-il oublier sur ce point le mot « démocratie », comme dans le texte de la direction ?).

Bref, il y a beaucoup d’idées à comparer, à échanger, beaucoup à écouter et à débattre. Et, cela, dans un délai très court. On ne peut donc pas se payer le luxe de voir ce débat parasité par des considérations biaisées qui éloigneraient de l’essentiel.

C’est en quoi certains des propos tenus par le secrétaire national dans un entretien à « l’Humanité » du 22 mai sont malavisés. Je le cite pour ne pas risquer de les déformer : « J’alerte les communistes. Il y a, par ailleurs, une offensive forte de la France insoumise, de ses dirigeants qui appellent à voter contre la base commune du conseil national, contre la direction du PCF, pour faire éclater notre parti et obtenir un soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Ne cédons pas aux tentatives de division. Nous avons besoin d’un parti uni et fort. Le projet de base commune du conseil national (CN), « Un communisme de conquêtes », a vocation à rassembler les communistes. »

Puisque je suis concerné par ce « nous » qui englobe les adhérentes et adhérents du PCF appelés à débattre de questions sérieuses, je répondrai : franchement, savoir s’il est pertinent ou non d’« alerter » les communistes sur un danger d’« éclatement » du PCF, s’il est judicieux ou non de les appeler en conséquence à serrer les rangs autour du seul bon texte, celui du CN, nous fait perdre du temps. Pas de panique. Si la proposition « Communistes à l’offensive » est adoptée le 7 juin, le Parti communiste continuera d’exister le 8. Il ne sera ni éclaté ni divisé. Ce seront les communistes qui auront décidé, et non la pression de Machin ou l’offensive de Chose, elles et ils se mettront au travail sur cette base commune, elles et ils la corrigeront, l’amélioreront, et elles et ils feront leurs choix à leur congrès. On pourra alors constater que la volonté d’avoir « un parti uni et fort » les rassemble et non les divise. N’insinuons pas qu’il y ait à ce propos d’un côté les bons et de l’autre les mauvais, c’est malsain et c’est stérile.

Jean-François GAU

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