A peine terminées les élections municipales, les communistes sont entrés dans la préparation de leur 40ème congrès. Je souhaite que ce moment démocratique permette, de manière respectueuse et constructive, un débat serein, par-delà les légitimes et nécessaires confrontations des idées.
Je souhaite également que les choix que nous aurons à faire à cette occasion soient construits pour apporter les réponses les meilleures possibles à une période historique qui connait des bouleversements, des basculements, qui constituent de lourdes menaces pour l’humanité et la planète : multiplication des guerres et des conflits, primauté de la force sur le droit, offensive des extrêmes droites avec la complicité des forces du capital , et de ses moyens financiers, informationnels et idéologiques.
Nous y sommes confrontés dans notre pays.
Les communistes ont à choisir début juin le texte qui sera la base commune pour le congrès. Pour ma part, j’ai signé le texte « communistes à l’offensive ». Je l’ai fait pour contribuer au débat, et car il me parait celui qui prend le mieux en compte les risques de cette période, y répond le plus efficacement, et surtout, sans prétendre avoir réponse à tout, permet réellement enrichissement, débat, construction commune, en faisant appel à l’intelligence collective des communistes.
Je l’ai fait aussi à la lumière de l’expérience de notre victoire à Nimes lors des municipales du mois de mars. Je pense, modestement, qu’elle peut être une source de réflexion utile pour les communistes appelés à décider de la politique de leur parti.
En mars dernier, nous avons remporté une ville, Nîmes, tenue par la droite depuis 25 ans et convoitée par le RN, qui disposait de deux députés issus de la ville et de ses alentours. Nous l’avons fait en proposant aux habitantes et habitants de la ville, un chemin démocratique plutôt qu’un programme : une perspective construite à leurs côtés, en étant à leur écoute du début à la fin et en créant les conditions d’un débat apaisé.
La victoire n’était pas acquise, loin de là. Il existait certes un potentiel que les communistes ont construit patiemment au fil des années, en portant, dans un même mouvement, des contenus transformateurs, s’appuyant sur des luttes et des mobilisations et une volonté permanente et sans faille de rassemblement de toutes les forces progressistes, citoyennes et politiques. Nous avons gagné en mars dernier car à l’échelle de notre ville nous avons su construire avec toutes les forces vives un projet qui parte des priorités exprimées par nos concitoyens. L’écoute, encore, pour ne pas risquer de prendre de haut les réalités et la complexité du terrain. L’écoute pour construire un collectif qui se crée une expérience commune, qui se défait des postures et des préjugés, qui fait de sa diversité une richesse et non un horizon insurmontable.
À l’échelle du pays, la même chose est possible, les Français y sont prêts. S’ils se détournent des urnes, s’ils cèdent aux sirènes de l’extrême droite, c’est que nous ne sommes pas capables, depuis trop longtemps maintenant, d’entendre ce qu’ils nous disent ! Ils veulent une politique qui se fasse autrement. Ils sont las des guerres de partis et de personnes, las des discours plaqués d’en haut sur une réalité dont plus personne ne parle simplement.
Si les Françaises et les Français se détournent de la politique des partis, c’est parce que nous nous sommes éloignés d’eux : nous parlons avec des mots qui ne sont pas les leurs et nous avons tendance à leur faire la leçon. Nous avons fini par nous méfier de nos concitoyens et ils le ressentent puissamment. Ils ne se sentent pas représentés et ils ne pensent pas que nos institutions aient du pouvoir : là est la racine du problème et si nous ne nous y attaquons pas, nous pourrons écrire les programmes les plus brillants du monde, ils ne seront ni lus ni écoutés. Les gens n’attendent pas de nous « des réponses », ils attendent des réponses « à leurs problèmes tels qu’ils les voient ». Cela commence par être capable d’accuser réception des messages et, donc, par écouter ostensiblement et attentivement.
Ce que nous avons fait à Nîmes rien n’empêche de le faire à l’échelle du pays. Nous pouvons écouter ensemble, nous pouvons travailler ensemble et nous pouvons gagner ensemble. Il n’est pas trop tard pour les prochaines élections, nous avons encore de nombreux mois pour y travailler. Pressons-nous mais sans nous précipiter. Il y a aujourd’hui un débat sur la primaire, sur le choix des figures, je ne le néglige pas mais pour choisir, encore faut-il savoir pour quelle perspective. La France, l’Europe et le monde sont pris dans un tourbillon de défis tous plus colossaux les uns que les autres : climatique, démographique, technologique, géopolitique… Les forces d’extrême droite sont au pouvoir ou menacent d’y accéder sur tous les continents, avec le soutien actif, entre autres d’un Donald Trump. C’est le cas en France.
Ne pensons pas qu’un tel malheur serait aisément réparable, qu’il ne constituerait qu’une expérience d’une droite radicalisée et autoritaire. Non, c’est l’ensemble de ce qui constitue les conquis et les valeurs progressistes et humanistes de la France, des droits de l’homme et du citoyen au front populaire, de la décolonisation à mai 68 qui sombreraient dans une nuit durable. Notre priorité doit être qu’une telle catastrophe ne se produise pas. La France des lumières ne doit pas se perdre en se rangeant dans le camp des Trump, Musk, Netanyahou, Meloni…
Notre priorité doit donc inséparablement rouvrir un espoir et un avenir à gauche. Nous pourrions construire une offre politique nouvelle, ambitieuse, capable de rassembler largement. Cette démarche doit s’adresser à l’ensemble des forces de gauche, aux mouvements sociaux, aux organisations associatives, ainsi qu’aux personnalités prêtes à s’engager dans une dynamique commune.
Dans cette perspective, notre parti pourrait avoir un rôle pivot, facilitateur et fédérateur notamment en raison de son histoire et de son organisation nationale.
Concrètement, nous pourrions prendre l’initiative de coorganiser avec toutes les forces sollicitées un vaste processus de consultation citoyenne à l’échelle du pays. Par exemple, organiser une dizaine de réunions par département, soit environ 1 000 réunions sur l’ensemble du territoire.
Ces rencontres permettraient de poser des questions simples et essentielles aux citoyens :
Quelles sont vos priorités et vos urgences ?
Quelles sont vos attentes en matière sociale, écologique et démocratique ?
Qu’attendez-vous de la gauche aujourd’hui ?
Qu’est-ce qui devrait réellement changer selon vous ?
Les réponses recueillies constitueraient une base solide pour un travail collectif au niveau national. Forces politiques, représentants des mouvements sociaux et associatifs, personnalités engagées et citoyens pourraient alors se réunir pour construire ensemble un pacte législatif et présidentiel.
Ma conviction, c’est que si nous faisons cela, nous réaliserons que notre pays et nos concitoyens sont plus attachés aux valeurs de tolérance que ne le proclame C-News : les Français aspirent à l’unité, à la solidarité et à plus de démocratie. Si nous les écoutons, nous aurons plus confiance en eux, et nous aurons aussi plus confiance en nous, plus foi dans la force et la justesse de nos idées… Et nous gagnerons. C’est dans l’action déterminée en ce sens que je conçois l’utilité de mon parti dans ce moment crucial pour l’humanité. C’est cette tâche historique qui doit surgir, à mon sens, des débats du 40ème congrès du PCF.
Vincent Bouget, Nîmes, le 17 mai 2026