Au fil de l’actualité… Le Sénat, laboratoire de l’union des droites extrêmes pour le RN

Avec 12 nouveaux élus, le RN, avec l’aide de son allié de l’UDR, sera en mesure de constituer un groupe parlementaire à la chambre haute, dominée par la droite. Des sénateurs LR sur lesquels Marine Le Pen espère compter en cas de victoire à la présidentielle.

Une étape de plus dans l’institutionnalisation de l’extrême droite. À l’issue des élections sénatoriales à ses trois sortants, le Rassemblement national (RN) ajoute neuf parlementaires lepéniste, deux élus UDR et une LR dissidente pour constituer un groupe de 15 membres, le premier de son histoire au palais du Luxembourg.

De 3.436 voix en 2020, le parti lepéniste et son allié ciottiste sont passés à 12.418 voix. Et la percée de l’extrême droite aux municipales, avec une soixantaine de communes remportées, ne suffit pas à expliquer sa progression.

Le RN est parvenu à convaincre au-delà de ses rangs. En Gironde, Edwige Diaz remporte un siège alors que son mouvement ne possède que deux petites mairies dans le département. En Seine-Maritime, le parti à la flamme n’en a pas une seule, ce qui n’a pas empêché Léon Levasseur d’être élu avec 400 voix, quatre fois plus qu’il y a six ans.

Point commun entre ces deux nouveaux sénateurs : ils sont des transfuges de LR ou de l’UMP. C’est le cas de 7 des 11 nouveaux élus RN-UDR. Comme Marie-Pierre Callet et Fabien Bravi dans les Bouches-du-Rhône, symboles d’une recomposition à l’œuvre dans le Sud-Est, où l’extrême droite enregistre l’essentiel de ses conquêtes après plusieurs années à attirer à la fois des électeurs et des élus venus de la droite.

« Il est évident que beaucoup d’élus proches des Républicains ont voté pour le RN », a commenté Jordan Bardella, qui « espère que cela annonce une recomposition future ». Son groupe va d’ailleurs accueillir Sophie Goy-Chavent, sénatrice LR sortante dans l’Ain, qui n’a pas été investie par son parti.

Dimanche soir, le président du groupe LR, Mathieu Darnaud, a voulu rassurer : « Il n’y aura aucune porosité avec le groupe RN. » Mais dans le même temps, la sénatrice Sophie Primas a exprimé sa volonté de « travailler avec tous ceux qui veulent faire avancer la France », ajoutant : « Il n’y a pas de cordon sanitaire dans la démocratie. » L’année dernière, déjà, l’ancienne porte-parole du gouvernement Bayrou n’excluait pas de constituer un « accord de gouvernement » avec l’extrême droite.

Le RN, en s’appuyant sur ce nouveau groupe, espère un changement de pieds des sénateurs de droite en cas de victoire de Marine Le Pen à la présidentielle. Celle-ci aura besoin du soutien de la chambre haute pour faire voter ses projets de loi constitutionnelle, indispensables pour mettre en œuvre son programme.

Garant « des droits et des libertés des citoyens », le Sénat aurait un rôle majeur face à ce saccage programmé de l’État de droit. Or, les rangs LR, longtemps dirigés par Bruno Retailleau, penchent déjà vers son extrême droite. Priorité nationale sur les prestations sociales, interdiction du port du voile par les sportives et les accompagnantes de sorties scolaires, sanctions envers l’Algérie… toutes ces propositions venues du RN ont été portées par le groupe LR au Sénat.

Extraits de l’article de Florent Le Du dans L’Humanité du mardi 29 septembre 2026

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