Retraites : Bardella et Attal, les deux visages d’un même projet

Les récentes déclarations de Jordan Bardella sur les retraites marquent un tournant majeur. En abandonnant progressivement les engagements historiques, bien que peu crédibles, du Rassemblement national sur le départ à 60 ou 62 ans et en reprenant les arguments qui ont servi à justifier la réforme Macron, le président du RN confirme ce que beaucoup pressentaient déjà : derrière les postures et les slogans, l’extrême droite et le macronisme défendent de plus en plus souvent les mêmes intérêts.

Gabriel Attal comme Jordan Bardella expliquent désormais qu’il faudrait travailler plus longtemps, adapter les droits sociaux aux contraintes économiques et remettre en cause les garanties collectives conquises par des décennies de luttes sociales. Derrière les différences de style, les convergences deviennent évidentes.

Cette évolution n’est pas un accident. Elle traduit les besoins d’un capitalisme en profonde mutation qui ne cherche pas seulement à préserver ses profits, mais à construire un nouveau cycle de domination économique, sociale et politique. Derrière la remise en cause des retraites, des services publics ou des régulations collectives se dessine un projet plus vaste : celui d’une société toujours plus soumise aux intérêts des puissances financières et technologiques.

Le Rassemblement national apparaît ainsi de moins en moins comme une force d’opposition et de plus en plus comme une force de substitution au service de cet ordre économique. Sous des habits nationalistes et prétendument populaires, il accompagne les mêmes logiques de dérégulation, de recul social et de concentration des richesses que celles portées par l’extrême-centre macroniste et les ultra-riches.

Loin de s’opposer, ces deux blocs se renforcent mutuellement. L’un banalise les politiques antisociales au nom de la modernisation et de la compétitivité. L’autre détourne la colère populaire vers des boucs émissaires plutôt que vers les véritables centres de pouvoir économique. Ensemble, ils contribuent à affaiblir les solidarités, les organisations syndicales, les services publics et les contre-pouvoirs démocratiques.

Cette convergence n’est pas celle d’une hypothétique « union des droites ». Elle révèle une collusion plus profonde entre un extrême-centre qui a remplacé la droite traditionnelle et une extrême-droite qui aspire à devenir la forme autoritaire de gestion du même système.

Car le danger ne réside plus seulement dans l’application des recettes néolibérales des quarante dernières années. Il réside dans l’émergence d’un nouveau modèle de domination où la puissance financière et technologique de quelques groupes privés tend à s’ériger en une forme inédite de pouvoir quasi étatique. Les géants du numérique, de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux et de la donnée ne se contentent plus d’influencer les États : ils prétendent désormais organiser les échanges, contrôler l’information, orienter les comportements et imposer leurs propres règles à l’échelle mondiale.

Dans cette vision du monde, la société n’est plus constituée de citoyens égaux en droits participant à une souveraineté collective, mais d’individus liés par des relations contractuelles à des structures privées toujours plus puissantes.

Les droits deviennent des services. L’intérêt général devient une variable économique. La démocratie est réduite à un obstacle à contourner au profit de la prétendue efficacité des marchés, des algorithmes et des plateformes.

Dans ce contexte, l’autoritarisme politique, le nationalisme identitaire et la toute-puissance des acteurs économiques ne s’opposent pas : ils se complètent. L’extrême-droite fournit les récits de peur, de division et de désignation des ennemis. L’extrême-centre fournit la légitimation économique et institutionnelle. Les grands groupes financiers, technologiques et médiatiques disposent, eux, des moyens matériels permettant la consolidation de ce nouvel ordre.

C’est ainsi que se met en place, sous des formes nouvelles adaptées au XXIe siècle, un fascisme qui ne se présente plus nécessairement sous les traits des dictatures du passé, mais comme la fusion progressive des pouvoirs économiques, technologiques, médiatiques et politiques au service de la préservation des privilèges d’une minorité.

Le débat sur les retraites dépasse donc largement la question de l’âge de départ. Il révèle la nature des forces qui s’organisent pour façonner la société de demain. D’un côté, une alliance objective entre libéralisme autoritaire et nationalisme réactionnaire. De l’autre, celles et ceux qui continuent à défendre la démocratie, les services publics, le progrès social, le partage des richesses et la souveraineté populaire.

Pour les communistes, l’enjeu est clair : reconstruire une alternative populaire capable de résister à cette convergence des pouvoirs économiques, médiatiques et politiques avant qu’elle ne referme durablement l’horizon démocratique et social de notre pays.

L’enjeu dépasse largement les frontières de notre pays. Une France gouvernée demain par l’extrême droite ne constituerait pas seulement un basculement national. Elle représenterait un séisme politique pour toute l’Europe. Parce que la France demeure l’une des principales puissances politiques, économiques, diplomatiques et militaires du continent, son alignement sur les logiques nationalistes et autoritaires accélérerait la déstabilisation d’une Europe déjà fragilisée par les crises sociales, démocratiques et géopolitiques.

Une France fascisée serait le signal d’un basculement historique, mettant à la disposition des forces les plus réactionnaires l’ensemble des leviers du pouvoir : institutions politiques, appareils sécuritaires, puissance économique, influence médiatique et capacités militaires. Face à ce danger, la résistance n’est pas seulement une nécessité pour les travailleurs et les citoyens de notre pays ; elle constitue un impératif démocratique pour l’ensemble des peuples européens.

Face à cette menace historique, face à la convergence des forces du capital, des nationalismes autoritaires et des puissances médiatiques et technologiques, la résignation n’est pas une option. Plus que jamais, l’heure est à la reconstruction des solidarités, à l’organisation collective, aux luttes sociales et à la mobilisation démocratique. Car lorsque les institutions vacillent sous la pression des intérêts privés et des forces réactionnaires, il appartient au peuple de reprendre en main son destin. Un soulèvement populaire, démocratique et émancipateur est donc aujourd’hui un impératif.

Section de Sète du PCF

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